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C’est autre que moi

c'est autre que moi - Enfance MajusculeProgramme mis en place par Je –tu-il pour favoriser des relations affectives non sexistes et non violentes entre filles et garçons et qui avance la notion très importante de consentement.

Dans le numéro 94 d’Enfance Majuscule, paru en mai 2007, nous écrivions, à propos des actions mises en place au sein de l’Education nationale : « A des degrés divers et selon des modes d’expression variés, tenant à la localisation géographique, à l’origine socioculturelle des jeunes et au projet d’établissement, aucun collège rencontré ne semble échapper aujourd’hui à la problématique filles-garçons. La difficulté de vivre ensemble se manifeste sous forme de pression plus ou moins explicite des garçons sur les filles, amenant ces dernières à adopter soit des comportements hostiles, calqués sur le mode de la recherche de domination à l’image des stéréotypes masculins, soit au contraire des comportements « complices » (validant de ce fait la position de certains garçons). Ainsi certaines jeunes filles n’hésitent pas à dire qu’elles ne dévoileraient pas un attouchement par crainte de se voir construire une réputation d’allumeuse, d’autres expliquant que ne pas répondre à la violence, c’est prendre le risque de la réputation de « victime ».

Les violences sexistes et les stéréotypes de genre ?

Si le recours aux stéréotypes de genre, propre au début de l’adolescence, reste d’actualité dans certains contextes socioculturels, il est indéniable que, d’une façon générale, les relations entre les filles et les garçons sont largement moins empreintes de violences sexistes, ou plus simplement de sexisme : l’égalité entre les sexes a gagné du terrain, l’homophobie reculant en corollaire. Qu’il s’agisse des propos tenus durant les interventions, des réponses écrites aux questionnaires d’évaluation, ni les unes ni les autres n’y font prioritairement référence, les acquis dans ce domaine paraissant installés de façon solide pour ces jeunes adolescents scolarisés, qui cependant tirent un réel bénéfice des espaces d’échanges.

Des relations entre les filles et les garçons aux relations entre les jeunesje.tu.il... - Enfance Majuscule

C’est bien en termes d’apport de pensée que les unes et les autres expriment ce qu’ils ont su tirer des interventions qui leur sont proposées, apport de pensée, source d’apaisement de l’excitation à l’origine, pour partie, du climat difficile dans lequel ils vivent souvent au sein des collèges. La pédagogie du programme « Cet Autre que Moi » favorisant l’écoute, l’attention, la prise de parole différée, pour au final réaliser « l’effet sur l’autre » à l’œuvre dans le registre relationnel, que l’on soit fille ou garçon, adolescent ou  adulte, permet alors l’émergence de la notion de responsabilité. Et si cela leur semble suffisamment remarquable pour être ainsi mis en avant, c’est parce qu’ils en éprouvent la gratification de « grandir »,  de sortir pour un temps de l’infantile excitation pulsionnelle dans laquelle ils sont plongés, pour s’ouvrir au plaisir de la réflexion collective, du mot porteur de sens, de l’échange producteur d’altérité. C’est du temps pour la pensée qui leur est proposé, qu’ils savent reconnaître, mettre à profit et transférer, au de -là des interventions :

Ensemble pour réfléchir sur la condition humaine

Ce précieux temps pour la pensée est alors l’occasion d’aborder les questions de réputation, de rumeurs, envahissantes, d’exposition de soi, de popularité, l’autre quittant de ce simple fait le statut d’objet de la satisfaction personnelle pour devenir une personne différente de soi à prendre en considération.

Réalisant que les violences sont plus souvent le fruit d’une interprétation des faits, d’une ignorance préalable des conséquences d’un acte, filles et garçons se rassemblent ainsi le temps des interventions autour des grandes questions de l’humaine condition.

Ce je(u) entre nous - Enfance MajusculeLe consentement

Les adolescents plus en difficulté, sous- main de justice, de sexe masculin pour la plupart, tiennent des propos plus radicaux, où la discrimination sexiste et homophobe tient une large place, tant ils font appel à une culture viriliste où « être un homme, c’est avant tout ne pas être une femme », pouvant alors développer des conduites de domination abusive envers les femmes et les personnes homosexuelles. C’est en travaillant avec eux, pas à pas, les représentations du masculin et du féminin,  la délicate alchimie du désir, la complexité de l’identité sexuée, qu’il nous est apparu essentiel de construire un nouvel outil éducatif, « Ce Je(u) entre nous », pour traiter la question du consentement, au cœur de l’élaboration de modes relationnels respectueux de soi et d’autrui, quelle que soit l’orientation sexuelle. Conçu dans le but de permettre d’identifier la frontière entre l’exploration et la prise de risques, le jeu et la déviance, et donc de favoriser les comportements de responsabilité, en particulier en matière de santé et de justice, « Ce Je(u) entre nous » est élaboré pour susciter la curiosité intellectuelle, faire prendre conscience de l’erreur de jugement, restaurer la loi dans sa dimension de protection.

C’est quoi être une fille, c’est quoi être un garçon ? L’importance de l’éducation dans ce domaine n’est plus à démontrer  et si c’est dans la famille qu’elle trouve ses racines, c’est aussi dans l’environnement social de l’adolescent qu’elle peut puiser d’autres ingrédients.