Comprendre Outreau

Pour comprendre ce qui se joue là, un rappel  est indispensable,  celui du procès d’Outreau :

En juillet 2003, la Cour d’Appel de Douai avait renvoyé devant les assises de St Omer 17 personnes. 10 sont condamnées, 12 enfants sont reconnus victimes, 6 des condamnés font appel, et  tous  sont acquittés à Paris.

Ces acquittés ont été déclarés victimes, on a parlé pour eux d’erreur judiciaire, et ils ont reçu des indemnisations au-delà de toutes celles qui sont habituelles.

Quant aux véritables victimes, les enfants,  on les a pratiquement laissés pour compte.

Les enfants Delay ont été séparés, placés de foyers en foyers, en Belgique et en France, et mis dehors le jour de leurs 18 ans.

Particularité de l’affaire Daniel Legrand fils 

Condamné à St Omer il est acquitté avec les autres,  à Paris  pour des faits qu’il aurait commis lorsqu’il était majeur.

Mais la Cour d’appel de Douai avait prévu qu’il soit également jugé pour des faits de viol et agressions sexuelles supposés, sur les enfants Delay entre 97 et 2000, quand il était mineur par une cour d’assises des mineurs

Cette affaire n’a jamais été « audiencée » : dans la foulée de l’acquittement général, le parquet a laissé trainer, le délai de prescription arrivant à son terme en octobre 2013.

Il a fallu l’opiniâtreté de l’association Innocence en danger, avec le renfort du syndicat FO des magistrats, pour relancer cette affaire quelques jours seulement avant sa prescription. La Cour de Cassation l’a dépaysée à Rennes.

Hurlements des avocats de la défense (dont Dupont Moretti) : «  Aberrant de le juger pour des faits  commis lorsqu’il était mineur alors qu’il a été acquitté pour ceux  qu’il aurait commis majeur ! Inimaginable et scandaleux ! Il faudrait refaire tout le procès d’Outreau, y compris celui des acquittés ! »

Intérêt de ce procès spécifique :

En vertu de « l’autorité de la chose jugée », il est totalement impossible de revenir sur le procès d’Outreau : les acquittés sont définitivement blancs comme neige pour les faits pour lesquels ils ont été jugés et ces faits n’ont jamais existé.

Il ne faut donc en aucun cas parler de 3° procès d’Outreau. C’est une nouvelle affaire, avec une personne, jugée sur d’autres faits.
Mais c’est le seul moyen qui existe pour faire entendre la parole des enfants Delay qui, dans le ressenti collectif, sont toujours vu comme des menteurs et qui ont été détruits par tout ce qu’ils ont eu à vivre.

Il ne s’agit aucunement de s’acharner sur Daniel Legrand fils, qui a été autant victime des adultes qu’acteur.

 

Pour aller plus loin :
Outreau la vérité abusée, Marie-Christine Gryson-Dejehansart, édition Hugo&Cie.