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La parole de l’enfant et le trauma

La mémoire traumatiqueParler, parvenir à se dégager de l’impact de la violence subie n’est pas si simple. Et il est bien illusoire de penser que, parce que l’enfant est convoqué tel jour à telle heure pour une évaluation, une audition ou une expertise, il pourra parler et mettre des mots sur ce qu’il a subi. Il est tout aussi illusoire de penser que le fait même de parler libérera magiquement l’enfant de toute sa souffrance, de sa honte, de sa peur et de sa culpabilité. Il est enfin illusoire de penser que les procédures à venir ne sont pas potentiellement sources de nouvelles violences.

Pour l’enfant violé, pour l’enfant battu, pour l’enfant agressé, pour l’enfant détruit par les mots, les gestes de ceux censés le protéger, le chemin de la violence subie à la mise en mots peut prendre des mois, des années, voire toute une vie.   Bébés, enfants, adolescents, ont des modes d’expressions différents mais face au trauma, face à cette blessure psychique invisible causée par la maltraitance, leurs ressources habituelles sont mises à mal. Travailler auprès d’enfants victimes d’événements traumatiques de nature intentionnelle comme de nature non intentionnelle nous apprend combien les répercussions psychiques ne sont pas le mêmes lorsque les blessures ont été causées de façon intentionnelle, qu’elles ont duré, qu’elles ont été commises par des adultes faisant autorité et censés le protéger. Les processus d’emprise, d’identification à l’agresseur sont alors à l’œuvre pour majorer l’impact traumatique et placer ces petites victimes dans un état d’agonie psychique. Comment dès lors dénoncer l’innommable ? Comment parvenir à se plaindre face à l’inintelligible ? Comment survivre aux répercussions familiales ? Comment se dégager de la peur, de la terreur des représailles, de l’effroi, de la gêne, du dégout ressenti, mais aussi si souvent perçu dans le regard de ces adultes que l’enfant tente de solliciter ?

Dur chemin…

Helène Romano

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