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La sexualité infantile existe !

La sexualité infantile existe est riche de spécificités, faite de représentations mentales, d’affect, mais également de mise en pratique avec une évolution des intérêts sexuels selon le niveau de développement et l’âge de l’enfant. Depuis Freud, il est habituel de l’organiser selon différents stades.

Stade oral – première année de vie : dès sa naissance le bébé manifeste son plaisir lors de la satisfaction de ses besoins primaires liés au besoin de satiété. Il trouve son plaisir en étant  nourri et investit toute la zone orale comme source de plaisir. Au fur et à mesure la distinction entre besoin et désir va se faire et l’enfant sera apte à éprouver du plaisir sans le lier à un besoin d’alimentation.

Stade anal – 2-3 ans. Le bébé en grandissant va investir progressivement d’autres zones de son corps. Le plaisir infantile se lie ainsi à un autre besoin, celui de la défécation qui marque sa possibilité de contrôler son corps et d’une certaine façon ses proches. Ainsi pour l’enfant le plaisir de relâcher son sphincter est lié à d’agréables sensations mais surtout, il découvre le contrôle sur lui et sur son environnement : il « donne » dans son pot un « cadeau » à ses parents ou les contrarie en laissant sa production dans sa couche.

Stade phallique : passé trois ans, le jeune enfant voit sa sexualité évoluer et se  centrer sur la découverte de la différence sexuelle entre fille et garçon. Ce stade se caractérise par une unification des pulsions partielles sous le primat des organes génitaux. L’intérêt de l’enfant est à ce stade particulièrement important pour l’anatomie, les différences physiologiques entre sexes, les différentes postures pour uriner. L’enfant use de ses connaissances personnelles et élabore des théories qui sont autant de compromis entre ses fantasmes inconscients et des éléments de réalité. Ses productions lui permettent de mettre en scène des questions restées sans réponse. Dans ce cheminement il rencontre des adultes aux réponses incertaines et éprouve alors le sentiment qu’il ne faut pas transgresser un interdit et qu’il faut dissimuler aux parents ce qu’on apprend d’une autre source sous peine d’un grand danger. L’information qu’il attend ou qu’on lui apporte n’est pas nécessairement assimilée, cela dépend du degré de ses convictions, de la nécessité qu’il peut y avoir à s’y maintenir et de sa crainte de ne pouvoir supporter une explication. Suivant les niveaux évolutifs et l’organisation personnelle de l’enfant et selon ses relations avec ses parents, la réalité peut être transposée, niée, mythifiée.

Période œdipienne : elle concerne la relation triangulaire enfant, père, mère et joue un rôle fondateur dans la structuration de la personnalité. Dans sa forme dite positive, c’est le désir sexuel éprouvé par l’enfant pour le parent de sexe opposé, associé au désir de la mort du rival que représente le parent du même sexe. Dans sa forme dite négative, il se présente comme amour pour le parent de même sexe et haine pour le parent de sexe opposé. Dans le complexe d’Œdipe ces deux formes se retrouvent à des degrés divers. Sa survenue se situe entre trois et cinq ans, au cours de la phase phallique. L’enfant est confronté par son parent à l’interdit de l’inceste : « non tu ne peux pas être mon chéri /ma chérie, puisque tu es mon enfant ». Il est essentiel de lui dire clairement qu’il ne peut revendiquer une place qui ne peut pas être la sienne avec le parent du sexe opposé et qu’il ne peut se marier avec son parent, sa fratrie et tout membre de sa famille. Confronté à cet interdit, l’enfant renonce sous la pression de l’angoisse de castration chez le garçon et de la peur de perdre la mère chez la fille à cette quête impossible à posséder l’objet libidinal. Cet abandon lui permet d’investir d’autres centres d’intérêts. Les déplacements identificatoires, les facultés de sublimation entrent ainsi progressivement en jeu et permettent à l’énergie libidinale de trouver d’autres objets de satisfaction en particulier dans la socialisation et l’investissement des activités intellectuelles.

La période de latence : elle trouve son origine dans le déclin du complexe d’Œdipe (5-6 ans) et va jusqu’au début de la puberté. S’en suit une période dite de latence (6-12 ans) où l’enfant parvient davantage à gérer ses conflits et semble porter moins d’intérêt aux questions relatives à la sexualité ; moins d’intérêt cela signifie qu’il ne s’en désintéresse pas totalement comme en témoignent le vocabulaire et l’attitude de certains préadolescents (concours de lexique de langage obscène, provocations sur un mode hétérosexuel, etc.). Cette période se caractérise par des relations « unisexes », les enfants jouent quasi-exclusivement avec des enfants de même sexe et affichent un désintérêt pour les activités de l’autre sexe. La désexualisation des relations d’objet et des sentiments permet une transformation des investissements d’objets en identifications aux parents et un développement des processus de sublimation : l’enfant investit des domaines autres que sexuels (école, camarades, activités intellectuelles, sportives etc.). C’est aussi une période où les enfants s’identifient facilement à des modèles (sportifs, chanteurs, etc.).

L’adolescence : se manifeste par une explosion libidinale et en particulier par une éruption pulsionnelle génitale ayant pour conséquences de profondes modifications physiologiques dont les répercussions psychologiques donnent à cette période de la vie son aspect de « crise » marquée par une dynamique de la séparation-individuation. Les fondements de la sexualité adolescente puis adulte, s’inscrivent ainsi dans l’enfance ; l’instinct sexuel s’y organise d’une manière très complexe, à partir de tous ses éléments et il existe comme une chose qui enrichit et complique toute la vie de l’enfant en bonne santé. Un grand nombre des peurs de l’enfance est associé à des idées sexuelles, à des excitations sexuelles et aux conflits qui en résultent, conscients ou inconscients.

Hélène Romano

Docteur en psychologie, psychologue clinicienne, psychothérapeute responsable de la consultation spécialisée dans la prise en charge de personnes confrontées à des événements traumatiques. Chercheur rattachée au laboratoire Inserm U669.