AccueilActualités« Le confort de l’autruche »

« Le confort de l’autruche »

C’est le récit de l’enfance de Jenny, brisée par des abus sexuels. Mais pas que. Née d’une relation amoureuse vite brisée, Jenny se retrouve avec sa mère et Macha sa grand-mère. Un Monsieur M est introduit dans leur vie par la mère qui devient Autruche, Macha est écartée et M peut violenter sans crainte la fillette.

Pour soigner sa maigreur et son asthme, la fillette est envoyée dans divers lieux. C’est à Cannes dans une famille aimante qu’elle finit par parler. Rien ne lui est jamais expliqué et l’arrachement de cette famille lui est d’une vraie violence. Ce n’est qu’après avoir retrouvé son père et noué une relation forte avec lui, qu’elle comprend que c’est grâce à lui que M a été écarté et condamné.

La petite enfance est agréable et vivante au pied de la butte Montmartre dans les années 50. Mère et grand-mère racontent et écrivent des histoires. M est beaucoup plus vieux que la jeune mère, caricature de prédateur. Le rituel des abus est dit de façon très soft. La fillette a peur quand il arrive, elle est seule dans l’appartement avec lui, elle se cache, mais elle est sur ses genoux, culotte baissée, fesses en l’air : « Il faisait librement son affaire, on ne peut pas en dire plus », « Jenny était là, j’étais absente. Ce n’était pas moi. Ce n’était simplement pas possible ». La mère fait l’Autruche et le cauchemar dure deux ans, on la bourre de Phénergan.

Premier exil : le home d’enfants La Volière pour la remplumer. Six mois d’ennui, comme une grande salle d’attente. Au retour rien n’a changé.

Deuxième exil : la ferme La Vacherie dans la Sarthe, où elle aide à l’accueil du petit Patrick et va à l’école. Très vite retour à Paris et à la « routine », malgré le plaisir d’une petite chienne. « Etais-je une petite fille chiffon ? « Jenny est incapable de réagir.

Troisième exil : on ne sait que faire d’elle pour l’été. Elle est envoyée dans la famille Spinzer à Cannes et c’est le début d’un certain bonheur ; la découverte de senteurs, de saveurs. « Je me régalais, je souriais, je riais, je chantais, je souriais enfin ». Et c’est en fabricant une mosaïque de l’appartement parisien que se fait le déclic et elle ose parler, raconter. Grâce à Mimi et tonton Paul qui savent l’entourer,  les journées cannoises sont du bonheur.

L’arrachement : une voiture de police et sa mère surgissent. « … venait violenter ma vie, bouleverser mon nouvel équilibre, me voler moi-même ». C’est la peur au ventre qu’elle quitte cette famille, coupure brutale : « j’avais le cœur fracassé. Et cette violence me colle encore à la peau aujourd’hui. »

Parole rendue : A son arrivée à la Conciergerie, alors que Macha vient de la menacer en disant que derrière les murs il y a plein de petites filles qui ont trop parlé, un homme sait l’interroger. Il ne lui demande pas de raconter, de parler, juste de hocher la tête pour confirmer les déclarations faites à Madame Spinzer.

Rien n’est dit sur la décision de justice, juste le silence ! « Tout s’était déroulé comme à mon insu. Je n’avais rien compris, sauf que c’en était fini des malfaisances » et les victimes étaient mère et grand-mère.

Un nouveau Monsieur apparait qui met tout de suite les choses au point. Lui est gentil, mais surtout c’est le retour du père qu’on avait dit mort.

Double vie : Jenny apprend la gymnastique que connaissent les enfants de divorcés.

« Minimiser, banaliser, lisser pour ne pas heurter, mentir par omission », « je me construisais dans une certaine normalité en enterrant quelque part mes fondations ravagées par les termites ».

La délivrance vient lorsqu’elle rejoint son père, l’accompagne dans les concerts, découvre l’amitié et qu’elle a « un papa solide à adorer sans modération. »

Ce livre est à lire absolument si l’on veut comprendre de l’intérieur, le vécu d’une enfant abusée, empêchée de parler. S’en sortir est presque un parcours du combattant et nécessite beaucoup d’amour et d’attention.

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