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L’importance des adultes dans la construction psycho sexuelle de l’enfant

L'importance des adultes dans la constructions psychosexuelles de l'enfantLa place de l’adulte est essentielle dans le développement de l’enfant et plus particulièrement au sujet de sa sexualité. Mais si ce rôle est majeur, il est important que les adultes (parents, professionnels de l‘enfance) aient quelques repères indispensables à la compréhension de la dynamique sexuelle infantile

1 – La sexualité infantile n’est pas la génitalité adulte ; autrement dit, l’agir sexuel et la sexualité adulte n’a rien à voir avec la sexualité infantile. L’enfant a une sexualité propre, liée à sa singularité et évoluant selon son âge.

2 – La sexualité infantile est riche, polymorphe ce qui a conduit Freud à parler de « sexualité infantile perverse polymorphe », expression trop souvent transformée en ce qui n’a strictement pas le même sens. Cela ne signifie pas, que « l’enfant est pervers polymorphe », mais que la sexualité infantile s’étaye sur différentes zones corporelles qui permettent la découverte de pulsions sexuelles non génitales et du plaisir du corps. Les excitations corporelles sont multiples, diversifiées et non unifiées.

3 – La sexualité infantile est autoérotique : le corps propre est l’objet de la satisfaction sexuelle. Ce qui permet de repérer des activités sexuelles réactionnelles à des abus dès lors que l’enfant n’est plus dans cette quête autoérotique. Pour exemple la masturbation : centrée sur le corps elle a le plus souvent une fonction de réassurance et peut s’exprimer à des moments d’anxiété ; dès lors que l’enfant tente de masturber d’autres enfants, des animaux où qu’il tente de solliciter un adulte pour le masturber, la dimension n’est plus du tout celle d’une activité autoérotique ; mais bien davantage celle d’une violence agie pour s’approprier une violence subie.

4 – La sexualité se construit par et grâce au lien à l’autre ; elle témoigne de l’aliénation de tout sujet à l’autre et participe à construire la subjectivité de tout individu et la qualité de ses liens intersubjectifs.

Face aux questions d’enfants

Il est important que l’adulte fasse en sorte d’être disponible, non pas en répondant immédiatement à la question mais en s’ajustant aux savoirs de l’enfant. Par exemple à la question « dis, comment on fait les bébés », si l’adulte répond en se précipitant, il ne fera que transmettre ce qu’il pense que l’enfant doit savoir et a de fortes chances de ne pas être au niveau de compréhension de son enfant. Alors que s’il lui demande « je vais te répondre, mais pour bien te répondre j’aurais besoin de savoir qu’est-ce que tu connais toi des bébés », il pourra partir des connaissances actuelles de l’enfant, de ses théories et s’ajuster au plus près de ce savoir pour que ses informations puissent être comprises.

La sexualité n’est pas « sale », « honteuse » « gênante », elle fait partie de la vie. Il est important que l’adulte qui répond à l’enfant puisse le faire sans être envahi d’affects négatifs qui ne ferait que lui transmettre une image malsaine de la sexualité et qui hypothéquerait son lien de confiance à l’enfant. Ne rien dire, lui mentir, gronder l’enfant, sont autant de réactions qui condamneront l’enfant au silence et à l’absence de repères pourtant indispensables pour qu’il puisse construire une sexualité harmonieuse. L’enfant a horreur du vide : sans réponse transmise par ceux qu’il sollicite et en qui il a confiance, cela le conduira inévitablement à rechercher les informations auprès d’autres (camarades, internet, adultes peu scrupuleux).

L’absence de questions d’un enfant

Cela ne signifie pas qu’il n’est pas intéressé par le sujet : il peut ressentir une certaine gêne et craindre d’en parler à ses parents. Il peut alors être important d’être attentif à des allusions faites par l’enfant et qui visent de façon détournée à poser des questions sur la sexualité ; laisser à sa disposition des ouvrages adaptés aux enfants selon leur âge ou simplement faire un relais auprès d’autres (pédiatre, infirmière ou médecin scolaire, etc.)

L’éducation à la sexualité est délicate mais indispensable.

Elle s’inscrit au sein des familles dès les premiers temps de l’élaboration des liens entre enfant et parents, puis continue de se construire dans l’espace scolaire où l’enfant passe une grande partie de son temps. Mais le discours sur la sexualité ne devrait pas se limiter à une approche technico-scientifique où il s’agirait de tout comprendre, tout expliquer, tout rationaliser et surtout tout contrôler. La sexualité a besoin de mystère mais surtout de sentiments et d’émotions. N’envisager que la dimension technique et réduire la question de l’origine du désir à cet aspect purement physiologique et désaffectivé, évacue la question de la culpabilité qui fonde la subjectivité et qui est pourtant indispensable à la construction de la responsabilité de tout sujet.


Hélène Romano

Docteur en psychologie, psychologue clinicienne, psychothérapeute responsable de la consultation spécialisée dans la prise en charge de personnes confrontées à des événements traumatiques.

CHU Henri Mondor, Créteil (94). Chercheur rattachée au laboratoire Inserm U669.