AccueilLes colloquesQuelle place pour les maltraitances faites aux enfants dans la stratégie nationale ?

Quelle place pour les maltraitances faites aux enfants dans la stratégie nationale ?

Le colloque qui s’est tenu à l’école de Médecine le 7 juillet 2016, réunissant les universités et les associations, fait suite à celui dont les travaux avaient permis l’élaboration de propositions au Ministère dont certaines ont été prises en compte dans la Loi de Protection de l’enfance de mai 2016.

Ce colloque nous a permis de découvrir l’ACE study. Nous avons retenu le retentissement sur les enfants des violences conjugales, le rôle de la pédiatrie hospitalière et la prise charge dans une UMJ.

L’ACE study ou enquête sur les expériences traumatiques de l’enfance

Le professeur Vincent Felitti, aux USA, après avoir été mis en échec par une patiente obèse, a mis à jour un harcèlement sexuel réveillant un inceste dans l’enfance. Ses interrogations l’ont mené à corréler, traumatismes de l’enfance et dossier de santé.

67 % des américains seraient concernés.

Les traumatismes perturberaient le développement neurologique, altèreraient le fonctionnement social et cognitif, et feraient adopter des comportements à risque, pourraient conduire à la maladie et à l’invalidité.

Il s’agirait donc d’un problème de santé publique. La France le situe plutôt dans le registre de la criminalité.

Les enfants victimes de violences conjugales

Le docteur Gilles Lazimi nous affirme qu’il n’y a pas de petite violence et que celles faites aux femmes ont un retentissement majeur sur les enfants qui voient, écoutent, sont témoins, vivent dans une peur permanente.

Ces violences impactent leur développement.

Interrogeant 100 patientes il constate que 54%  ont été victimes : le dépistage devrait être systématique, d’où l’importance de la formation.

 

Un exemple de pédiatrie préventive

Anne Mattews Gaulon pédiatre au CHRU de Lille et  référente enfant en danger explique : « soigner, protéger et faire respecter la loi, en référence à la CIDE, c’est le cœur de métier du pédiatre ».

Elle constate qu’en France il y a 15 millions de mineurs, la moitié d’entre eux passent un jour par l’hôpital ce qui en fait un lieu privilégié de repérage, où l’on devrait être très vigilant.

Les émotions paralysent l’action, le secret professionnel est mal compris et le réseau de la protection de l’enfance est complexe, d’où l’importance de regards croisés et de formation : apprendre la logique de l’autre, savoir repérer les fragilités, dont certaines sont liées à l’enfant, d’autres à la situation familiale.

Au débutant il est important de fournir les coordonnées de tous les partenaires dont il aura besoin.

L’UMJ des Yvelines (Unité pluridisciplinaire de prise en charge de l’enfant victime)

Le docteur JM Ben Kemoun constate qu’il y a un faible taux de révélation de la part de l’enfant qui est méfiant par rapport aux adultes, a peur de la transmission à la police, et de l’agresseur.

L’enfant est très suggestible : il est influencé par la qualité de la relation, ajuste ses réponses si l’on fait preuve d’insistance, ne dit pas qu’il ne comprend pas la question et répond malgré tout, il est très influençable.

Le rôle de l’UMJ est de rechercher la preuve mais dans une ambiance de protection de l’enfance.

On comprend donc la nécessité d’un cadre, de règles établies et dites. L’enfant doit savoir ce que l’on attend de lui.

Le rappel doit être libre: en utilisant les mots de l’enfant, en reformulant, on laisse le temps de la réflexion et surtout on respecte les limites développementales de l’enfant.

Ainsi dans les Yvelines, le cadre est calme, respecte l’intimité, un parcours spécifique est préétabli avec une équipe pluridisciplinaire.

On ne juge pas, on ne met pas en doute, on n’interprète pas, on n’est pas intrusif mais empathique.

Il y a un lieu unique afin de ne pas polluer le discours de l’enfant, l’expert écoute l’audition derrière une glace sans tain.

En fin d’après-midi Michèle Créoffe rappelle que 14 propositions avaient été faites après le premier colloque, certaines ont été entendues, mais il reste la question de la qualité et de la formation des experts,  la demande de déclarer erroné le  SAP, (syndrome d’aliénation parentale) et le souhait d’une grande campagne nationale.

On peut regretter que l’université s’appuie exclusivement sur les associations et fasse l’économie des instances nationales : l’AFIREM, le GIPED enfance en danger et l’ONED devenu ONPE, Observatoire National de l’Enfance en danger, qui organise régulièrement des journées d’étude, suscite et finance de nombreuses recherches.

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