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Quelles différences entre jeux sexuels et abus sexuels ?

Quelles différences entre jeux sexuels et abus sexuels ?La méconnaissance de la dynamique de la sexualité infantile conduit bien souvent à des précipitations interprétatives. Dès que des manifestations sexuelles s’expriment chez un enfant, deux attitudes extrêmes sont constatées : soit l’enfant est analysé comme une victime d’agression sexuelle, soit il n’est qu’un pédophile en culotte courte.

Ces repères rappelés, il devient plus accessible de repérer ce qui peut être compris comme un jeu sexuel ou comme l’expression d’un abus subi par l’enfant. Les agirs sexuels de l’enfant ne sont pas tous issus de l’irruption d’un traumatisme d’abus mais peuvent aussi être liés au vécu fantasmatique d’un enfant en pleine élaboration de sa sexualité infantile. Les professionnels hésitent ainsi entre le doute éclairé, la conviction profonde et les certitudes établies, dans un contexte post-Outreau où la parole de l’enfant est soumise d’emblée à suspicion.

La compréhension de la sexualité infantile

Il s’agit avant tout pour les adultes travaillant auprès d’enfants et d’adolescents de connaître les différents déterminants de la sexualité infantile pour être en mesure de comprendre les activités sexuelles entre mineurs, sans confusion et sans connotation de gravité ou de banalisation voire de déni d’une réalité d’abus. Peuvent être retenus (cf. recommandations de la conférence de consensus sur les abus sexuels de 2003 :

  • Un décalage important entre les manifestations de la sexualité habituelles à son âge et ce que l’enfant dit ou met en scène
  • Les notions d’intimidation, de menaces lorsque l’enfant parle du mis en cause
  • Une différence d’âge entre mineur et mis en cause de plus de cinq ans
  • L’expressivité de troubles spécifiques (traces médico-légales)
  • L‘existence de troubles évocateurs (rituels de lavage, troubles de la propreté, troubles post-traumatiques) dont les manifestations peuvent être immédiates, mais aussi différées.

L’emprise et le contexte de séduction.

Certains enfants subissent des actes qui seraient qualifiés d’agressions par des magistrats, mais sont en incapacité de les élaborer comme tels au moment où ils se passent. Ils peuvent par exemple, être perçus comme des jeux, si l’auteur agit dans un contexte de séduction (traitement privilégié, cadeaux, etc.). L’emprise peut placer l’enfant dans une confusion mettant à mal ses capacités discriminatoires relatives à ce qui est permis et ce qui est interdit.

 Conclusion

Notre société est dans une période de profondes mutations, sources de pertes de repères et de recherche vers de nouveaux référentiels. Dans ce contexte la sexualité se trouve inévitablement interrogée puisqu’elle est fondatrice de l’organisation entre être humain par sa dimension de régulation entre hommes et femmes. Elle relève de l’intime et interroge la dynamique individuelle, intrapsychique et intersubjective ; mais c’est aussi un enjeu collectif porté par une dimension culturelle et sociale majeure (les débats récents sur le mariage et la parentalité homosexuelle nous le rappellent)

Dans une période où les repères antérieurs et les limites sont interrogées de toute part ; où tout semble autorisé (sans respect du corps, sans pudeur, sans respect générationnel) ; où l’intimité se trouve exposée sans limite ; où la performance et l’immédiateté sont devenues des valeurs de référence, la sexualité est inévitablement réinterrogée et tout particulièrement la sexualité infantile.

Parler de sexualité infantile ne devrait pas être tabou. Il nous faut pour cela connaître les différentes étapes du développement psychosexuel d’un enfant et d’un adolescent ; comprendre l’importance de mettre des mots sur le comportement des enfants ; être disponible pour répondre à leurs interrogations ; savoir s’ajuster en évitant toute position défensive (déni, banalisation, rejet) ; autrement dit être « tuteurs de savoir » pour les soutenir et les accompagner dans leur développement psycho-sexuel. L’enjeu est considérable pour permettre à l’enfant d’être reconnu dans toute sa dimension de sujet, mais  surtout d’être protégé face aux incompréhensions, aux doutes voire au déni des adultes, lorsque sa sexualité se trouve abusée par d’autres.


Hélène Romano

Docteur en psychologie, psychologue clinicienne, psychothérapeute responsable de la consultation spécialisée dans la prise en charge de personnes confrontées à des événements traumatiques.

CHU Henri Mondor, Créteil (94). Chercheur rattachée au laboratoire Inserm U669.