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Sexualité infantile et XXIème siècle

miniature2En ce début de XXIème siècle nous pouvons rappeler que notre société a longtemps lutté contre toute manifestation de la sexualité infantile, voire même de toute évocation de la sexualité.

Peut-on encore parler de la sexualité infantile ?

Jusqu’au XXème siècle une multitude de qualificatifs négatifs ont ainsi été associés à tout ce qui pouvait se rapporter au sexuel : « saleté » ; « indécence », « péché », « nudité » ; la masturbation décrite comme « infâme coutume », étant particulièrement réprouvée etc. Il faut attendre les écrits d’Havelock Ellis en 1898 puis de Sigmund Freud en 1903 pour que le discours évolue et permette d’aborder les différents enjeux psychiques de la sexualité humaine, avec une première reconnaissance de la spécificité de la sexualité infantile.

Plus d’un siècle plus tard, nous pourrions penser que parler de sexualité est devenu plus aisé et que la sexualité infantile est aujourd’hui comprise dans toute sa complexité. Que constatons-nous ? Alors que notre société se prétend « libérée », que la sexualité s’exhibe sans limite sur tout support (journaux, télé, internet, etc.), que la communication est devenue le principal leitmotiv, nous constatons un regain d’obscurantisme à l’égard de la sexualité infantile, source de confusions de toutes sortes.

La sexualité infantile : une réelle réalité

Alors même que l’on pourrait s’attendre à une meilleure compréhension de la sexualité infantile, force est de constater aujourd’hui, un contexte où le jeune enfant continue d’être perçu comme un être a-sexuel, être pur et sans désir bébé rousseauiste immaculé. Avec une nouveauté qui consiste à envisager l’adolescent comme un être débordé par ses pulsions, prêt à tous les passages à l’acte possible, abuseur potentiel. Et il y a cette confusion constante, cette méconnaissance persistante qui conduit notre société à diaboliser toutes les manifestations sexuelles infantiles. Cette défense face à la réalité du développement psychosexuel chez l’enfant a pour principale conséquence une incapacité à penser ces réactions. Les interprétations de toutes sortes qui sont faites dès qu’un enfant manifeste un comportement sexualisé conduisent à le réduire à l’état d’objet abusé ou de potentiel abuseur.

 

Hélène Romano

Docteur en psychologie, psychologue clinicienne, psychothérapeute responsable de la consultation spécialisée dans la prise en charge de personnes confrontées à des événements traumatiques.

CHU Henri Mondor, Créteil (94). Chercheur rattachée au laboratoire Inserm U669.