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Suicide chez l’enfant de moins de 12 ans   

Suicide chez l'enfant de moins de 12 ans   C’est le thème difficile qu’a souhaité aborder le Comité National de l’Enfance ce mardi 8 décembre avec l’équipe de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert Debré de Paris.

Si le suicide de l’adolescent préoccupe à juste titre, et a conduit ces dernières années à l’apparition de lieux spécifiques d’accueil, spécialisés pour cette population fragile, le suicide de l’enfant est très rarement abordé, tant est impensable et psychologiquement affectant, un tel passage à l’acte chez un sujet si jeune. Nous imaginons que ces épisodes sont anecdotiques mais ils ne le sont pas.

On note que l’apparition de la crise suicidaire apparaît progressivement  en parallèle avec la  prise de conscience par l’enfant  de l’irréversibilité de la mort autour de 7ans.

0,7 à 0,8% des enfants de moins de 12 ans sont concernés, essentiellement des enfants de  CM1 CM2 et, SIXIEME.

C’est un acte délibéré, l’intention de l’enfant est bien de mourir, il  pense que le suicide serait le seul remède  à sa souffrance. C’est un motif de plus en plus fréquent de consultation  en pédopsy.

L’évaluation

Tout d’abord, il convient de parler de crise suicidaire car cette période peut concerner plusieurs périodes avant l’acte suicidaire lui-même. L’idée suicidaire, le risque suicidaire et la tentative de suicide sont à évaluer d’urgence pour savoir quel type de prise en charge est à mettre en place de manière plus ou moins urgente.

L’évaluation du contexte quotidien de l’enfant est essentielle pour évaluer correctement les risques : la qualité de son sommeil, la baisse d’intérêt pour les activités qui intéressaient l’enfant auparavant, la baisse progressive  d’estime de lui- même, la volonté de suicide est exprimée par différents moyens (Internet en est une forme d’expression)… etc.

Pour ces enfants  l’intentionnalité suicidaire est  modérée mais des moyens dangereux sont utilisés ; très peu utilisent des médicaments, mais pendaisons et défenestrations entraînent une létalité élevée.

Les facteurs de risque

Ils sont à relier avec l’environnement de l’enfant: plus il a un bon étayage familial  amical, et scolaire moins l’enfant est à risque …Le conflit est souvent au cœur du passage à l’acte (dispute avec un parent, conflit avec un ami) la déscolarisation est aussi un facteur à prendre en compte.  La maltraitance le harcèlement en milieu scolaire, les négligences diverses sont des causes patentes de tentatives de suicide. Les patients qui ont des maladies chroniques, tous les consommateurs précoces de drogues sont à risque, de même que ceux présentant des troubles du comportement alimentaire.

Les troubles psychiatriques ne sont pas toujours patents, l’enfant est en souffrance, en difficulté mais un diagnostic clair ne peut pas être posé si ce n’est un contexte général délétère.

27% de ces enfants  en crise suicidaire avaient consultés un médecin avant pour un motif somatique: maux de ventre, maux de tête etc. qui étaient en fait un appel à l’aide mais que le généraliste n’avait pu  repérer   en 15 minutes de consultation.
Lors d’une consultation avec un enfant, les blessures diverses, accidents, qualité du sommeil, consommation  tabac  et stress ressenti, devraient être abordés…

Un exemple de consultation

En consultation d’orientation pédopsychiatrie les enfants sont le plus souvent évalués par un interne, un pédopsychiatre qui supervise et une infirmière, afin d’orienter vers une prise en charge correspondant à l’état de l’enfant.

Un temps seul avec l’enfant sans les parents est nécessaire. L’enfant est mis en confiance et aidé à exprimer son ressenti par rapport au geste qu’il vient de commettre, le regrette -t-il ou au contraire est- il indifférent face à la gravité de l’acte? Il est important de détailler avec lui  l’apparition des idées suicidaires  en lui demandant de décrire les circonstances et les moyens que l’enfant a imaginé pour passer à l’acte .Ne pas porter de jugement mais évaluer le fonctionnement global et social de l’enfant est indispensable.
Les parents sont souvent très inquiets et essaient de comprendre ce qui s’est passé et souvent les informations qu’ils vont fournir vont servir à mieux comprendre le geste de l’enfant Il n’est pas question de banaliser l’acte mais de donner des explications claires à l’enfant et à ses parents

En cas de tentative de suicide il est possible de garder l’enfant une nuit avant de l’orienter. Parfois, il est nécessaire de le médiquer.

De la prévention

Faire réfléchir l’enfant sur les possibilités à mettre en œuvre dans les moments de crise : en qui il peut avoir confiance, avec qui il peut échanger qui il peut appeler au secours. Lui donner les coordonnées du service qu’il peut contacter en cas de problème est indispensable avant de laisser sortir un enfant, que l’on n’hospitalise pas L’influence des médias est importante dans la prévention en général mais doit être utilisée avec prudence car lorsque l’on relaye un acte suicidaire  à la télévision, cela provoque parfois une contagion, si trop de détails sont donnés sur les modalités de passage à l’acte.

La crise suicidaire est une période de temps où l’enfant est à risque. Il est urgent d’évaluer les facteurs de risque. Les enfants qui font une tentative avant 15 ans feront sans doute une tentative à l’adolescence.

Il est indispensable de mettre l’enfant dans un environnement sécure dans l’urgence et de mettre en place un suivi au long court car la moitié d’entre eux recommencera si rien n’est mis en place pour les protéger.