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Talents Hauts : une maison d’édition de livres de jeunesse

Talents Hauts - Enfance MajusculeTalents Hauts une maison d’édition de livres de jeunesse engagée qui lutte contre les stéréotypes de genre. A Partir de constats forts, un engagement à produire des livres différents et des projets qui vont au-delà de la stricte édition.

Qui est Talents Hauts ?

Talents Hauts aura dix ans l’année prochaine ! C’est une maison d’édition jeunesse que j’ai créée en 2005, avec ma comparse, Mélanie Decourt, venue elle aussi de l’édition scolaire et du militantisme. Une maison indépendante, présente en librairie, forte d’un catalogue de quelque deux cents livres à destination de la jeunesse : des albums, des contes et des romans, pour tous les âges, des tout-petits aux jeunes adultes.

Des constats forts

Lorsque nous avons conçu la ligne éditoriale de Talents Hauts, nous sommes parties du constat que notre société est pétrie de stéréotypes sexistes et que les livres de jeunesse n’échappent pas à cette règle. Combien d’histoires charmantes dans un intérieur où le seul adulte est une mère occupée aux tâches domestiques (alors même que la très grande majorité des Françaises travaillent à l’extérieur) ? Combien de super-héros, de garçons courageux qui n’ont peur de rien et ne pleurent jamais (alors que les petits garçons de cinq ans ont peur du noir et la larme aussi facile que leurs soeurs) ? Combien de petites princesses roses à paillettes pour apprendre aux petites filles à devenir de parfaites femmes-objets?

Des livres différents

Face à ce constat, vérifié sur le plan quantitatif et qualitatif, nous avons choisi de publier des livres différents, des livres dans lesquels les filles sont des héroïnes, les garçons peuvent être sentimentaux, où les mères sont actives dans la vie professionnelle et les hommes ne sont pas tous des héros protecteurs. Nous publions  aussi des livres qui abordent des thèmes rarement traités en littérature de jeunesse : les violences conjugales (Les souliers écarlates, un conte pour les 8-12 ans de Gaël Aymon, Touche pas à ma mère d’Hervé Mestron pour les plus de 13 ans), l’homoparentalité masculine (Le fils des géants, de Gaël Aymon), le harcèlement (La patrouille des oies, de Viviane Faudi-Kourdhifi qui réussit l’exploit de raconter aux 6-8 ans une histoire drôle sur ce sujet), la différence (Gros chagrin, de Rémi Courgeon pour les petits de 3-6 ans,collection « Les Papareils »).

Bien sûr, d’autres éditeurs que Talents Hauts sont attentifs aux préjugés sexistes dans les textes qu’ils publient, certains inscrivent quelques titres audacieux à leur catalogue, mais ce ne sont que les arbustes qui cachent (mal) la forêt. Depuis quelques années, la situation, loin de s’améliorer, se dégrade. La réédition de livres pour enfants parus dans les années cinquante sans que leur contenu, daté de cette époque, ne soit remis en question, la sexuation précoce qui envahit tous les rayons des magasins et les affiches de nos murs, renforcent la prégnance du sexisme. Nous assistons à une segmentation entre « les livres pour filles » et « les livres pour garçons », cette tendance ayant des ressorts autant mercantiles qu’idéologiques.

Les premiers albums publiés par Talents Hauts s’adressaient aux plus jeunes avec des titres bourrés d’humour explosif comme La princesse et le dragon ou La révolte des cocottes. Plus récemment, nous avons publié deux albums jumeaux : Déclaration des droits des filles et Déclaration des droits des garçons d’Élisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol qui, sur le mode humoristique, démontent les diktats imposés aux filles et aux garçons en matière de jeux, de jouets, de comportements, de choix d’activités, d’excellence scolaire.

Pour les petits, le message, quel qu’il soit, sexiste ou contre-stéréotypé, passe beaucoup par l’image. Mais pour les lecteurs-rices autonomes, de 6 à 12 ans, ce sont l’intrigue, les personnages, principaux et secondaires, que nous scrutons avec le plus d’attention lorsque nous choisissons un manuscrit.

D’autres modèles

Il ne s’agit pas de prendre le contre-pied systématique ni de publier des « contes à l’envers », mais de proposer d’autres modèles, tant il est vrai qu’il n’y a pas de littérature neutre, exempte de représentation du monde. Dans la collection « Livres et égaux »

(J’ai mal aux maths pour n’en citer qu’un) nous abordons le thème de l’égalité, de la discrimination, de la différence, avec des aventures où les garçons n’ont pas toujours le premier rôle mais aussi des histoires de rebelles, des héros et des héroïnes qui ne sont pas défini-es par leur sexe. L’humour est un support précieux : ainsi, Fred L. dans sa série « Les Papareils » traite  avec légèreté et fantaisie de la discrimination : Suzanne qui, « toute petite était déjà grande » ou Edmond, l’homme-aimant qui attire à lui les objets métalliques, tous ces personnages vont faire une force de leur différence à l’issue d’aventures truculentes.

Aller plus loin

Nous prolongeons notre travail éditorial par l’organisation d’un concours d’écriture, le concours « Lire égaux », organisé en partenariat avec la Délégation régionale aux Droits des Femmes et à l’Égalité d’Île-de-France et le Conseil régional d’Île-de-France. Ce concours est ouvert à toutes les classes de CP et CE1 de la région qui doivent rédiger un texte traitant de l’égalité filles garçons.

Le manuscrit gagnant est publié sous forme de livre par Talents Hauts. L’album lauréat du concours 2013, Révolution dans la savane, illustré par Amélie Graux, aborde avec la candeur propre à des auteurs de 6-7 ans, la question du partage des tâches et du pouvoir.

En tant qu’éditeur engagé, Talents Hauts travaille aussi avec le réseau associatif. Nous avons par exemple co-édité avec Clara Magazine une exposition intitulée « C’est mon genre ». Cette exposition se compose de quatorze panneaux grand format et est destinée à l’affichage public.

Elle s’adresse directement aux enfants entre 3 et 11 ans à travers des histoires simples, extraites de nos albums. Des questions sont proposées comme support pédagogique pour libérer la parole et faire réfléchir les grands et les petits.

Plusieurs de nos ouvrages sont soutenus par Amnesty International dont les objectifs en matière de droits humains s’apparentent à ceux de Talents Hauts et qui nous apporte ainsi une caution morale précieuse.

La littérature pour adolescent-es a été beaucoup moins étudiée mais, à première vue, présente un tableau différent. On y trouve certainement plus d’héroïnes actives et positives que dans les livres pour enfants. C’est particulièrement vrai dans la littérature réaliste et dans l’héroïque fantaisie. Mais il n’est pas sûr que ce constat rassurant résiste à l’analyse. Les rayons de romans « réalistes » inspirés d’un quotidien banalisé reproduisent le sexisme ambiant des cours de récréation sans le remettre en question. Les « marchands de livres » cultivent sans scrupule la sexuation précoce que je dénonçais plus haut, et cantonnent les filles dans des rôles de proies sentimentales et sexuelles. En science-fiction, les filles sont des faire-valoir, rarement des héroïnes autonomes. Quant à la bitlit dont la série Twilight est emblématique, elle met bien en scène des héroïnes, mais, telles Bella, elles ne sont que passivité, conformisme et agentes de la reproduction du modèle social et idéologique dominant.

Pour les lecteurs adolescent-es, Talents Hauts a commencé par publier des romans bilingues, dans une collection baptisée DUAL Books. Le concept est original, pour ne pas dire unique : le premier chapitre est en français, le suivant en langue étrangère (anglais, essentiellement, mais aussi espagnol et allemand). Parmi les nouveautés, My Love, mon vampire, de Manu Causse, est une parodie de la bitlit, justement.

Dans Quatre filles et quatre garçons, Florence Hinckel raconte le quotidien de jeunes d’aujourd’hui et leurs interrogations. Tout en adoptant le style et les codes de la littérature « réaliste », elle permet aux lecteurs et lectrices de s’interroger autrement sur leurs choix tout en gardant le plaisir de la lecture. Au rayon science- fiction, Yann Fastier réussit le tour de force de nous emporter dans une course éperdue à travers les magnifiques paysages d’une contrée en pleine mutation en compagnie de deux héroïnes homosexuelles (La volte).

En 2012, nous avons lancé la collection « Ego » (voir encadré), qui aborde des sujets graves et parfois dramatiques qui concernent filles et garçons. Des sujets qui touchent les jeunes, qui les aident à prendre conscience de leurs choix, des risques, des possibles aussi. Et, comme pour les plus jeunes, nous avons à coeur de publier de bons romans (aussi bons que les romans sexistes…), la qualité des auteurs de cette collection en atteste.

Dix ans de travail, de passion pour bâtir un catalogue de qualité avec des auteur-es et illustrateurrices talentueux-ses, courageux-ses, engagé-es pour certains. Dix ans de rencontres avec nos jeunes lecteur-rices qui apprennent, comme l’un d’eux nous l’a déclaré, à lutter contre les « stéréomecs sexistes » ! Dix ans de combat qui pourraient bien devenir vingt tant qu’on aura besoin d’un éditeur tel que Talents Hauts.

Laurence Faron, Directrice des Éditions Talents Hauts

13 juin 2014

www.talentshauts.fr

Déclaration des droits des filles – Déclaration des droits des garçons

Sous la forme d’une véritable déclaration de droits, en quinze articles, Élisabeth Brami proclame que les garçons comme les filles ont le droit de pleurer, de jouer à la poupée, de porter du rose, d’être bons en lecture, de ne pas être tous les jours des super-héros, d’aimer qui ils préfèrent : filleou garçon (ou les deux). Que les filles comme les garçons ont le droit d’être débraillées, ébouriffées, écorchées, agitées, de choisir le métier qu’elles veulent, de ne pas être tous les jours des princesses, d’aimer qui elles préfèrent : garçon ou fille (ou les deux).

Pour chaque article, Estelle Billon-Spagnol a construit une véritable petite histoire pleine d’humour, un tableau aux mille détails qui donnent force et fantaisie au texte.

Ces deux albums ont reçu le soutien d’Amnesty International.

Collection Ego

La collection Ego s’adresse aux lecteurs et lectrices de plus de 13 ans. Elle aborde des sujets graves, dans un style direct, sans fausse pudeur ni voyeurisme, permettant au jeune lecteur-rice de s’identifier aux personnages. Nous demandons aux auteur-es des textes courts, forts, faciles à lire et d’être soucieux d’une fin ouverte et positive quelque soit le sujet abordé. C’est ainsi que Jo Witek a démonté avec brio le mécanisme du harcèlement sexuel sur internet dans Mauvaise connexion qui a remporté plusieurs prix dont le Prix Ados en colère 2014 et le Prix de la Ligue de l’Enseignement 2013 du Morbihan.

Mauvaise connexion, Jo Witek.

Touche pas à ma mère, Hervé Mestron.

Coup de talon, Sylvie Deshors.

Hors de moi, Florence Hinckel, (août 2014).

Pour qui tu m’as prise ?, Isabelle Rossignol, (septembre 2014).

Vibrations, Raphaële Frier, (septembre 2014).