AccueilNos dossiersDroit des petites filles et excisionLutter contre l’excision

Lutter contre l’excision

Pour lutter contre l’excision des solutions existent : l’éducation des hommes et des femmes, l’aide des interprètes, le soutien des responsables religieux, la participation active des exciseuses traditionnelles, la pratique de simulacres d’excisions permettront de sauver les enfants tout en évacuant en douceur des millénaires de traditions barbares.

Le rôle des interprètes en PMI dans la lutte contre l’excision

La présence d’une interprète dans les consultations de PMI (Protection maternelle et infantile) doit être primordiale. Les mères sont les premières concernées et donc les premières à devoir être informées, non seulement des problèmes légaux – illégalité de l’acte donc risque d’emprisonnement et de perte d’emploi du mari – mais surtout d’interdiction de toute atteinte à l’intégrité physique, et prise de conscience des problèmes de santé physique et morale futurs de l’enfant excisée. Cette prise de conscience n’est pas évidente et de nombreuses femmes ne font pas un lien de cause à effet entre l’excision et les problèmes immédiats de l’enfant : n’arrive que ce que Dieu a voulu. Par contre, les problèmes de santé physique futurs, en particulier ceux liés à l’accouchement, peuvent convaincre.

Pour les femmes africaines, avoir plusieurs enfants est une qualité, et un accouchement est un acte naturel qui devrait se dérouler normalement. Elles n’aiment pas avoir recours à la césarienne, souvent nécessaire en cas d’excision. Cette intervention – impossible pour celles qui accouchent en dehors des villes et de tout milieu médical et qui courent ainsi un risque de mort certain – ne peut se répéter sans danger plusieurs fois, et implique donc une limitation des naissances, et par conséquent une dévalorisation de leur rôle de femmes.

La nécessité de l’information et des programmes de prévention 

Il faut informer sans cesse, participer aux programmes de prévention en Afrique, organiser la pression sur les organismes internationaux. La lutte ne peut-être que globale : A quoi servirait de réprimer l’excision sur le sol français, même si aucune n’y était plus pratiquée, si les familles envoyaient leur fille quelques jours au pays pour qu’elles en reviennent excisées ? Une des rencontres africaines les plus importantes fut certainement celle de Conakry en Guinée, en 1985, parce que les exciseuses traditionnelles y ont participé. La résolution finale prévoyait, dans une première phase, « une orientation de tout acte d’excision éventuel vers une formation sanitaire chez un agent de santé suffisamment sensibilisé qui simulera l’acte ». C’est ainsi qu’en Guinée, depuis plusieurs années, se pratiquent des simulacres d’excision, avec fêtes et cérémonies.

Les simulacres d’excision au secours des jeunes filles

Une simple écorchure, quelques gouttes de sang soigneusement exhibées, la tradition est sauve. 20% des fillettes guinéennes ont ainsi pu être sauvées, sans que les traditions soient ouvertement désavouées. Depuis de longues années, les services de PMI, le Planning Familial et les médecins du département de Seine-Saint Denis sont confrontés à ce problème. Ils constatent une évolution, lente mais certaine, et des petites filles sont en « sursis d’excision » depuis plusieurs années. La philosophe Ariane Lantz, est formelle : « Comme toutes les coutumes, cette pratique est amenée à disparaître. Mais il y un long travail à effectuer auparavant. On ne peut pas accepter l’excision au nom de la défense d’une société. » La prévention ne peut se faire qu’avec l’aide d’interprètes interculturelles convaincues, et la collaboration des associations.

Il serait souhaitable que l’information sur l’interdiction de l’excision soit donnée à tous dès l’arrivée en France, et même dans le pays d’origine lors de la demande d’immigration. Prévenir, c’est signifier le danger et signifier l’interdit. La prévention passe par le dialogue : lorsque le médecin constate qu’une femme est excisée, il peut parler avec elle du souvenir qu’elle en garde, de sa volonté pour l’enfant qui va naître, rappeler l’interdit. A la maternité, l’examen du huitième jour prévoit un bilan complet vérifiant l’ensemble des organes de l’enfant. Il serait souhaitable que le médecin en profite pour montrer et expliquer à la mère les différentes parties du sexe de la petite fille. La méconnaissance des femmes sur leur propre anatomie est énorme et elles ignorent généralement tout de leur corps.

L’importance des signalements de ces mutilations

Il est pourtant constaté que c’est lorsque des affaires d’excision sont arrivées devant les tribunaux que la prévention a été facilitée. Les familles n’en ont pas moins continué à venir chez les médecins et dans les services de PMI même lorsqu’un signalement avait été fait. Signaler systématiquement chaque excision à la justice permet de faire de la prévention pour les autres enfants de la communauté. Ce travail de prévention nécessite le respect des populations concernées, mais aussi le respect de la loi du pays d’accueil une fois cette loi connue.

Dans chaque culture, les blessures symboliques ont pour fonction de répartir les rôles selon des clivages plus variables que le grand clivage hommes/femmes. Elles dépendent de siècles d’histoire et de culture. Il ne suffit pas de dénoncer, il faut aussi faire évoluer les conditions d’existence pour que ces blessures symboliques puissent être remplacées, pour qu’on trouve des adaptations telles que les mutilations puissent rester symboliques et ne soient plus jamais inscrites dans les corps.