AccueilActualités« Numérique des tout-petits » : un colloque de la Fondation pour l’Enfance

« Numérique des tout-petits » : un colloque de la Fondation pour l’Enfance

La Fondation pour l’Enfance organisait, lundi 5 novembre, une journée d’informations et de repères autour de l’accès aux supports numériques pour les plus jeunes enfants.

En introduction de cette journée de conférences, Georges Lefebvre, président de la Fondation pour l’Enfance, a présenté brièvement trois actions récentes entreprises par la Fondation autour de cette question du numérique :
– Le soutien de projets de recherche des universités de Paris V et d’Angers afin d’analyser les comportements des tout-petits face au numérique et à la réalité virtuelle.
– Une campagne de sensibilisation au numérique des moins de 3 ans autours du slogan #DigitalBaby (www.digital-baby.fondation-enfance.org).
– La réalisation d’une étude sur les usages et attitudes des familles, présentée ultérieurement lors de ce colloque.

De ces travaux transparaissaient la faible prise de conscience autour de ces questions.


État des lieux Petite enfance et numérique

Pour Emmanuel Devouche, enseignant-chercheur spécialiste de la relation parent-bébé, les bébés naissent avec une appétence naturelle pour le contact humain, ils aiment par-dessus tout un visage qui leur parle et qui leur sourit. Les bébés sont motivés par la curiosité et le désir d’être complices. Peu à peu, ils apprennent à déchiffrer les expressions des adultes et à jouer avec par le biais de la reproduction des émotions, l’imitation ou la taquinerie en parallèle de l’apprentissage, du babillage, de l’utilisation d’objets et de la marche. Tous les bébés sont différents mais tous ont des besoins communs : être accompagnés et régulés par leurs parents. Cet accompagnement donne une richesse et des explications différentes aux activités des bébés telles que la lecture d’un livre. Il en va de même avec les écrans : verbaliser, expliquer, rassurer, imaginer avec l’enfant est nécessaire, car l’écran ne permet aucun échange et l’enfant, seul devant celui-ci, n’est plus acteur et ne se développe pas. L’utilisation des écrans pour les plus petits n’est pas obligatoirement mauvaise mais doit impérativement être accompagnée.

La Fondation pour l’Enfance a effectué en 2018 une étude auprès de 500 familles avec enfants de moins de 5 ans pour mieux comprendre les pratiques numériques des parents avec leurs jeunes enfants.

  • 58% des parents interrogés indiquent que leurs jeunes enfants (0-5 ans) utilisent un écran numérique. Avec l’âge, cet usage augment car 70% des enfants entre 3 et 5 ans utilisent ces appareils. 20% des enfants commencent même à utiliser des écrans entre 1 et 2 ans.
  • 70% des parents sondés indiquent que leurs enfants ont envie d’utiliser les appareils numériques. Cette étude souligne également que cette attirance chez les petits enfants s’accroit lorsque les parents sont très jeunes (19-24 ans).
  • Les usages des écrans numériques sont variés. 58% des parents invoquent le plaisir de l’enfant, devançant de peu l’argument de son éveil (57%). Viennent ensuite la préparation aux études (23%), l’amélioration des capacités de concentration (18%) ou l’occupation de l’enfant, permettant aux parents de souffler (21%).
  • Malgré cette proportion importante de jeunes enfants utilisateurs, la quasi-totalité des parents (96%) sont conscients de l’existence de risques liés à l’utilisation de ces appareils. Sont principalement cités : l’addiction (42%), l’isolement (34%), l’empiètement sur les autres activités (26%), l’hyperactivité (22%), ou encore les effets physiques et développementaux sur les enfants. Un tiers des parents estiment que les risques liés à cette utilisation sont majeurs, les deux autres tiers les estiment modérés.
  • Les messages de prévention sont entendus par les parents mais sont jugés avec sévérité : 67% des parents estiment qu’ils ne tiennent pas compte de la réalité du quotidien des familles et 58% répondent que ces messages varient selon les opinions de chacun sans démonstrations scientifiques. 51% des parents adhèrent aux messages de Serge Tisseron et de Boris Cyrulnik, 33% à celui de l’Éducation nationale et 16% au message alarmiste du Dr. Ducanda.

 

Les pratiques parentales et professionnelles : quelles initiatives et bonnes pratiques pour sensibiliser et accompagner les familles et les professionnel.le.s de terrain ?

 

Michelle Blain, directrice de l’association Horizon Multimédia, a ouvert la première table ronde en soulignant les risques liés aux ouvertures inopinées de publicités inadaptées, voire à caractère pornographique. Selon elle, les priorités sont souvent inversées chez les familles défavorisées qui utilisent le numérique comme vecteur d’intégration.

Laure Deschamps a ensuite présenté La Souris grise, site internet dédié aux ressources numériques adaptées aux jeunes enfants.

Pour Lucie Burgat, directrice de crèche, les films, visionnés parfois le matin par les enfants dès le petit-déjeuner, ont une influence importante. Les plus jeunes ne comprennent pas la symbolique qui y est développée et reproduisent ensuite ce qu’ils y ont vu. La question de l’identification à des personnages souvent très simplistes (soit très méchants, soit très gentils) est un risque réel. Elle déplore également la prise de réflexes, liés au numérique, inadaptés aux objets de la vie courante (comme le glissement digital sur des images inanimées).

Le numérique apparaît globalement comme un désistement de la parentalité.

 

Droits des enfants dans la sphère numérique et protection des données personnelles.

Sophie Vulliet-Tavernier, directrice des relations avec les publics et recherche à la Commission nationale Informatique et Libertés (CNIL), a ouvert le second débat en citant les exemples des objets connectés destinés aux bébés et petits enfants qui récupèrent et peuvent utiliser ou vendre les données recueillies. Elle préconise de prendre plusieurs habitudes :

  • Se déconnecter volontairement du numérique sans se dire qu’il s’agit d’un acte anormal
  • Ne pas s’habituer non plus à l’omniprésence des publicités ou des dialogues avec les objets.

Sophie Vulliet-Tavernier pointe du doigt deux risques sur lesquels les parents sont insuffisamment informés :

  • Prendre en compte la commercialisation des données : 71 % des parents déclarent offrir à leurs enfants ce qu’ils demandent. Les enfants sont prescripteurs et deviennent donc les cibles des publicités.
  • La possibilité d’un piratage des données ou des objets connectés. Ce fut notamment le cas de la poupée Cayla qui présentait des failles importantes dans sa sécurité.

La loi du 7 octobre 2016 sur la protection des données numériques précise un droit à l’oubli numérique renforcé pour les mineurs (art.63). Les sociétés numériques ont un délai d’un mois après la demande pour supprimer ces données. Cette loi instaure également un seuil de 15 ans en dessous duquel le consentement des parents est nécessaire pour l’inscription à un site de réseau social. La Convention internationale des Droits de l’Enfant (Article 16) précise le droit à l’intimité et à la protection de sa vie privée. L’enfant peut donc librement s’opposer à la diffusion de ses données ou de photos. L’Europe s’est dotée en 2016 (entrée en application le 25 mai 2018) du Règlement général sur la Protection des Données (RGPD/GDPR) qui uniformise le droit européen.

Florence Cherigny, professeure de droit à l’Université de Poitiers, souligne la diversité des objets connectés qui s’immiscent dans le quotidien des familles (vêtements, appareils de surveillance, berceaux, couches, biberons, etc…). Les angoisses pathogènes de notre société, sur tous les sujets, contredisent le droit de l’enfant au respect de sa vie privée. Le droit n’est néanmoins pas très présent sur le champ exclusif de la petite enfance. Des décisions judiciaires ont fixé que l’inscription d’un enfant trop jeune à un réseau social par ses parents pouvait être la preuve de leur incompétence et aboutir à un transfert de l’autorité parentale.

Il existe néanmoins en France des alternatives qui respectent la protection des données et qui devraient être développées, notamment dans les écoles. C’est par exemple le cas du moteur de recherche Qwant.

L’exposition aux objets connectés présente plusieurs risques pour les plus petits : la surexposition aux ondes pour des enfants aux tissus cérébraux immatures ; ainsi qu’une répercussion sur le sommeil à cause des écrans bleus, et donc sur le taux de mélatonine, ayant un impact sur le développement de l’enfant et sur ses capacités d’apprentissage.

 

Les offres numériques : comment aider les parents dans leur processus de choix de l’offre numérique ?

Inès de La Ville, Professeur des Universités à l’Université de Poitiers, a présenté une étude effectuée sur 83 différents objets connectés. Il apparaît que les discours marketing de ces articles jouaient sur les craintes et la sensibilité des parents ; ils citent fréquemment des soutiens de poids (partenariats avec de prestigieuses universités, soutien d’intellectuels…) alors qu’ils ne font que s’appuyer sur leurs recherches. Selon cette étude, les objets connectés à destination des enfants peuvent être classés dans 4 catégories :

  • Améliorer le bien-être de l’enfant
  • Améliorer la créativité et l’imagination de l’enfant
  • Survenir aux difficultés quotidiennes
  • Préparation à l’école

Inès de La Ville cite des exemples extrêmement inquiétants tels que le transat pour bébé avec tablette numérique intégrée ou encore la poupée connectée dont le micro continuait à enregistrer et à envoyer des données après son arrêt.

 

 

 

 

 

 

 

 

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