AccueilActualités« La bienveillance au service des jeunes LGBTQI+ » : Jasmin Roy, Président fondateur de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais

« La bienveillance au service des jeunes LGBTQI+ » : Jasmin Roy, Président fondateur de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais

Pour les personnes issues des communautés LGBTQI+, l’obligation de composer avec des normes pouvant être oppressantes ou stigmatisantes, parfois même avec des violences, occasionne des frustrations, de l’anxiété et, dans bien des cas, des épisodes dépressifs. Il est donc recommandé de les aider à bien identifier leurs émotions et, particulièrement, leurs besoins, pour ensuite les accompagner vers une régulation émotionnelle orientée vers la résilience et vers une affirmation positive de soi.


Il existe une grande diversité au sein des communautés LGBTQI+

(Lesbienne, Gay, Bisexuel(le), Trans, en Questionnement ou Queer, Personne intersexuée). Bien que regroupés sous le même acronyme, les jeunes LGBTQI+ ne forment pas un groupe homogène et chaque groupe a des besoins et des revendications spécifiques. Il existe une grande diversité au sein des communautés LGBTQI+. Le processus identitaire peut varier d’une personne à une autre; nous devons donc accompagner chacun dans sa vitesse de croisière vers une affirmation saine de son orientation sexuelle ou de son identité de genre.
Les jeunes issus des minorités sexuelles et de genre, en plus d’avoir à faire face aux mêmes défis que les autres enfants et adolescents, sont exposés à des situations spécifiques, car ils appartiennent à des minorités. Souvent, ils ne trouvent pas le réconfort voulu lors de l’affirmation de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Lorsque l’on comprend les nombreuses difficultés que ces jeunes auront à surmonter (découvrir qu’ils font partie de minorités en termes de sexe, de genre ou de sexualité et avoir à le révéler aux autres), nous comprenons à quel point il est capital de les accompagner avec la plus grande bienveillance. S’ils ne reçoivent pas un soutien adéquat, leur bien-être peut s’en trouver affecté pendant plusieurs années, voire toute leur vie.
Il faut donc assurer la sécurité et la protection des jeunes, peu importe leur orientation sexuelle, leur identité ou expression de genre, avec une neutralité relative qui implique d’être conscients de nos préjugés et de pouvoir en faire abstraction, tout en faisant fi de nos opinions personnelles ou de nos convictions religieuses. Il est essentiel de permettre à tous d’exprimer leurs émotions et leurs besoins dans un environnement sécuritaire.

Afin de bien accompagner ces jeunes, nous devons d’abord nous poser une simple question : qu’est-ce qui rend l’être humain heureux ?

Dès 1938, l’Université Harvard lançait une recherche, considérée aujourd’hui encore comme l’une des plus longues études de la qualité de vie. Pendant 79 ans, les chercheurs ont évalué 724 hommes issus de milieux défavorisés et favorisés pour comprendre ce qui les rendait heureux. Chaque année, ces individus passaient une multitude d’évaluations biopsychosociales : en plus de mesurer leur bien-être, on évaluait leur santé physique et mentale. Les résultats de cette étude longitudinale ont été rendus publics en 2015 par le Dr Robert Waldinger, psychiatre et directeur du Harvard Study of Adult Development. Les conclusions exceptionnelles de cette recherche ont fait écho à travers le monde et sont rapidement devenues virales. Un des grands résultats démontre que notre bonheur et notre santé globale dépendent en grande partie de la qualité de nos relations sociales : les personnes ayant des relations de qualité avec leur famille, leurs amis et leur communauté ont une plus grande espérance de vie, moins de problèmes de santé, physique comme mentale, maintiennent un sentiment de bonheur plus grand et plus satisfaisant sur la durée. On comprend que plus l’individu évolue dès le jeune âge dans un environnement où les relations sont saines, positives et bienveillantes, plus son espérance et sa qualité de vie augmentent.

De bonnes relations amicales, sociales et affectives protègent notre cerveau, préservent, voire améliorent notre mémoire et contribuent à mieux gérer notre stress au quotidien.

À contrario, des échanges nocifs, conflictuels, nuisent grandement à la qualité de nos fonctions cérébrales et cognitives, car ils augmentent notre taux de cortisol (hormone du stress) et altèrent notre mémoire et notre concentration. Ainsi, pour atteindre des objectifs de bien-être auprès des jeunes LGBTQI+, nous devons mettre de l’avant des stratégies permettant à ces personnes de développer leurs compétences émotionnelles et relationnelles afin d’établir des relations sociales de qualité. Il faut d’emblée considérer que parmi les jeunes en général, il y en aura une proportion certaine appartenant aux communautés LGBTQI+ et qu’il faut leur donner des modèles et des outils pour s’épanouir en tant que personnes en situation minoritaire, pouvant par conséquent vivre exclusion, discrimination, rejet, etc. Les relations sociales des jeunes LGBTQI+ ont un impact encore plus déterminant sur qui ils sont et leur niveau d’épanouissement, puisque ces relations ont la faculté de reconnaître pleinement, voire de valider, qui ils sont.
Puisque des relations sociales signifiantes et positives contribuent au bonheur et à la santé mentale, nous devons assurer un soutien empathique aux jeunes issus des communautés LGBTQI+. En effet, se sentir soutenus aide les jeunes à intégrer des apprentissages sociaux et émotionnels déterminants. Parmi ceux-ci, mentionnons :

– la conscience de soi et de son unicité;
– l’autorégulation de ses émotions ou la maîtrise de soi ;
– la conscience sociale ;
– les compétences relationnelles ou de gestion des relations ;
– la faculté de prise de décision pour soi, par soi (autodétermination), dans le respect des autres.

Les adultes eux-mêmes doivent être en mesure de maîtriser ces cinq composantes afin de servir de modèle et, ainsi, de les enseigner, formellement et informellement. L’adulte accompagnateur de toutes jeunes personnes ayant besoin de soutien doit a minima avoir une bonne conscience de soi et être en mesure de réguler ses émotions adéquatement lors de ses interventions. Plus encore, il doit avoir suffisamment de conscience sociale pour comprendre comment des problèmes sociaux comme l’homophobie ou la transphobie, par exemple, peuvent avoir des impacts directs sur les jeunes qui en sont victimes. Autrement dit, il importe en tout temps de reconnaître que le problème, ce n’est nullement les jeunes LGBTQI+, mais plutôt les conditions de vie néfastes qui leur sont réservées dans une culture encore empreinte de biais, conscients ou inconscients, et de préjugés.

HOMOSEXUALITÉ : Attirance sexuelle, à divers degrés, pour des personnes du même sexe que soi.
LESBIANISME : Chez une femme, attirance sexuelle, à divers degrés, pour des personnes du même sexe que soi.  
BISEXUALITÉ : Attirance sexuelle, à des degrés divers, pour des personnes de sexe masculin et des personnes de sexe féminin.  
PERSONNE NON-BINAIRE SUR LE PLAN DU GENRE OU AU GENRE FLUIDE : personne qui conteste ou transgresse les normes binaires et les stéréotypes de genre, que ce soit dans un objectif de libération personnelle ou de contestation artistique, sociale ou politique.
PERSONNE TRANSGENRE : personne dont le genre ressenti ou l’identité de genre ne correspondent pas au sexe qu’on lui a assigné à sa naissance selon le système binaire masculin / féminin et mâle / femelle, ou encore qui passe, ou est passée, d’un genre à un autre (définitivement ou non). 
QUEER : terme parfois utilisé comme synonyme fédérateur de LGBTQI+, il signifie de façon plus spécifique le refus de correspondre aux étiquettes binaires et catégoriques en ce qui concerne le sexe, le genre et plus particulièrement l’orientation sexuelle

Les définitions du lexique sont extraites de Nouvel éloge de la diversité́ sexuelle, M. Dorais, avec la collaboration de S. Breton, VLB éditeur, 2019, pages 215-223.

Puisque les jeunes issus des communautés LGBTQI+ ne forment pas un groupe homogène, chaque communauté ayant des besoins spécifiques, il est essentiel de ne présumer de rien quant aux difficultés émotionnelles, relationnelles ou communautaires rencontrées.

La prolifération créative, ces dernières années, de nouveaux termes pour parler du genre oblige à être plus que jamais à l’écoute et à apprendre des jeunes générations. Par exemple, pour certains, la non-binarité sera une alternance entre l’expression masculine et féminine, pour d’autres, tout simplement une absence de binarité dans leurs façons d’être, plus ou moins androgynes. Ou encore : certaines personnes vous diront qu’elles ont des relations sexuelles avec des personnes de même sexe, mais qu’elles s’identifient comme hétérosexuelles, d’autres, qu’elles sont bisexuelles, d’autres, pansexuelles. Les jeunes générations sont très créatives, à bon droit, pour exprimer leurs identités de sexe, de genre ou de préférences sexuelles, et le lexique est appelé à être en constante mutation.

Comme adulte, vous devez renoncer à vos jugements afin de comprendre et d’établir une confiance maintenue en laissant la liberté au jeune d’être ce qu’il est.

Ainsi, vous serez plus à même de considérer leur point de vue, leur perspective et de faire preuve d’empathie. Vous comprendrez également les normes sociales et éthiques qui régissent le comportement de chacun (les jeunes LGBTQI+ comme leur entourage) et à quel point la vision du monde « hétérosexiste » et « cissexiste » souvent répandue autour de nous peut avoir un impact négatif sur l’estime de soi, la santé physique et mentale des jeunes appartenant aux communautés LGBTQI+, car leurs points de vue ne sont pas souvent pris en compte dans cet univers où les gens considèrent chacun comme hétérosexuel et cisgenre jusqu’à preuve du contraire. Comme on le dit en anglais, « Think outside of the box », pensez autrement qu’avec ce que vous connaissez de votre monde à vous lorsque vous entrez en interaction avec des jeunes LGBTQI+. Comment favoriser son bien-être et assurer son épanouissement? Voilà deux questions qui devraient, à la base, guider votre réflexion.

Non-binary teenager on color background

Tout cela se joue dans la relation que l’on développe avec le jeune (compétences relationnelles).

Une fois qu’on est conscient de la réalité du jeune et de ce qu’il vit, on peut mieux entrer en contact avec celui-ci, c’est-à-dire créer des liens sociaux positifs et enrichissants avec lui, résoudre des conflits ou des différends de perspective de façon constructive, communiquer clairement et avec une écoute active. Pour le bien de votre relation avec le jeune LGBTQI+, vous pouvez aussi vous entourer de personnes-ressources compétentes afin de mieux comprendre la réalité du jeune et de mieux résister aux pressions sociales pouvant nuire à l’émancipation du jeune.
À propos de Jasmin Roy
Président fondateur de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais. Plusieurs distinctions lui ont été octroyées pour souligner son engagement dans la lutte contre l’intimidation, la violence à l’école et les LGBTphobies: Médaille commémorative du 150e anniversaire du Sénat, Médaille du service méritoire (division civile) remise par le Gouverneur général du Canada (2016), Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale (2016), partenaire émérite du gouvernement du Québec pour la lutte contre l’intimidation (2015), Personnalité La Presse (2014), Prix du Lieutenant-Gouverneur du Québec pour mérite exceptionnel (2012), prix du Patriote de l’année 2012 (remis par SSJB) ainsi que la Médaille de la paix 2012.