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Décider de ne pas entendre…

enfants cote à coteUn petit garçon est victime d’attouchements sexuels de la part de son père de l’âge de 6 mois à l’âge de 6 ans. Il arrive à en parler à l’école. L’institutrice entend, prend en compte : signalement, enquête, garde à vue. Le père avoue … et la mère dit que son fils raconte des histoires. Elle l’accuse de faire du mal à son père.

Il existe des situations où l’enfant a pu dire et où l’agresseur a avoué. On pourrait penser que la situation est douloureuse, mais simple. Or, parce que c’est évident, on ne veut pas entendre. Le déni, c’est, à un moment donné, ne pas vouloir entendre le réel. C’est décider que, s’il y a une chose qui gêne par excellence, c’est précisément la réalité, et qu’il faut mettre à distance de soi cette réalité-là. Et la mère dit : « il raconte des histoires ».

Le refus d’entendre

Il y a là typiquement quelqu’un, une mère, qui ne veut pas entendre la parole de l’enfant. Elle a des raisons, des intérêts : si elle entend la parole de son enfant, elle sera obligée d’entendre sa surdité, sa léthargie, son inconscience, peut-être sa complicité passive ou active. Il y a toute une gamme de responsabilité maternelle qui fait que la mère ne peut pas entendre, ni la parole de son enfant, ni les aveux de son mari : elle ne peut pas entendre l’évidence du réel.

Le nécessaire détour symbolique

On pourrait jouer sur les mots : l’enfant ne raconte pas des histoires, il raconte l’histoire. Mais quand quelqu’un raconte de l’histoire, on utilise le pluriel et on dit : ce sont des histoires, c’est-à-dire des commentaires inventés, des fantaisies, le fruit de l’imagination, des fantasmes. Et puisque ce sont des histoires qu’il raconte, ce sont des contes, des fables.

Il ne faudra pas s’étonner d’ailleurs que certains enfants fassent parfois le détour symbolique par la fable et le conte pour faire entendre ce qui n’est pas entendu lorsqu’ils nomment les choses simplement.

Extraits d’une conférence donnée par Bernard Lempert lorsqu’il faisait partie de l’équipe de soutien psychologique d’enfance majuscule. Entendre la parole de l’enfant était, pour lui, l’une des batailles essentielles à mener pour être véritablement un acteur de la protection de l’enfance.